Trois jours ne suffisent jamais
Votre père meurt un mardi matin. Le Code du travail vous accorde 3 jours ouvrables. Mercredi, jeudi, vendredi — vous reprenez le lundi. Entre-temps : toilette mortuaire, acte de décès, choix du cimetière, famille au pays, enfants, choc. Trois jours, c'est un plancher posé par un législateur qui savait qu'il serait insuffisant. La majorité des salariés ignorent qu'ils peuvent obtenir davantage via les démarches après un décès.
La loi distingue le congé pour événement familial (articles L3142-1 à L3142-5 du Code du travail) et le congé de deuil spécifique au décès d'un enfant. Le premier est automatique, sans condition d'ancienneté. Le second — plus généreux — reste méconnu. Nous accompagnons des familles qui découvrent l'existence du congé de deuil au moment de rédiger leur demande, quand le calendrier des délais légaux les rattrape déjà.
Notre mise en garde est directe : ne vous contentez jamais des 3 jours légaux sans avoir vérifié votre convention collective. La plupart des conventions du bâtiment, de la métallurgie ou de l'hôtellerie-restauration prévoient des jours supplémentaires. Certaines vont jusqu'à 7 jours pour le décès d'un conjoint. Ne pas les réclamer, c'est offrir à votre employeur un avantage qu'il ne mérite pas dans ces circonstances.
Le congé de deuil change la donne
Depuis la loi du 8 juin 2020, le décès d'un enfant de moins de 25 ans ouvre un droit spécifique : 5 jours pour événement familial plus 8 jours de congé de deuil — 13 au total. Ce congé est fractionnable dans l'année qui suit. L'employeur ne peut pas le refuser : c'est l'un des rares cas où le Code du travail ne laisse aucune marge.
Fractionner sans perdre de jours
Les 8 jours de congé de deuil peuvent être pris en fractions d'au minimum une journée. Une mère qui perd son fils peut prendre 5 jours immédiatement, 3 jours trois mois plus tard pour les démarches successorales, les 5 derniers à la date anniversaire. L'employeur doit répondre sous 24 heures — le silence vaut accord. Cette souplesse est précieuse quand l'Pôle emploi">notification à l'employeur a été faite dans les formes.
Le congé de deuil est indemnisé par la Sécurité sociale sous forme d'indemnités journalières, comme un arrêt maladie — mais sans délai de carence. L'employeur verse le complément pour maintenir le salaire à taux plein si la convention collective le prévoit. Vérifiez ce point avant de poser vos jours : certains employeurs déduisent les indemnités journalières du salaire maintenu, d'autres les cumulent.
Le piège du « jour ouvrable »
Les 3 jours légaux sont comptés en jours ouvrables — du lundi au samedi, hors jours fériés. Un décès survenu un mercredi donne droit au jeudi, vendredi et samedi. Le dimanche ne compte pas. Le lundi, vous reprenez. Certains employeurs comptent en jours ouvrés (lundi à vendredi) quand la convention collective est plus favorable — mais d'autres appliquent le calcul le plus restrictif sans prévenir.
Un jeudi soir, un père décède. L'employeur du fils compte vendredi, samedi, lundi — trois jours ouvrables. Reprise le mardi. La toilette mortuaire était prévue le lundi, l'enterrement le mardi matin. Le fils a dû choisir entre les funérailles de son père et son poste. Ce n'est pas un cas extrême — c'est le quotidien des familles qui ignorent le droit applicable aux rites funéraires islamiques.

Fonction publique — un autre barème
Les agents de la fonction publique (État, territoriale, hospitalière) bénéficient d'un régime distinct fixé par le décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 et ses équivalents territoriaux. Le décès d'un conjoint, d'un parent ou d'un enfant ouvre droit à 3 jours — identique au privé sur le papier. La différence : les administrations accordent souvent des autorisations spéciales d'absence complémentaires sur avis du chef de service, pouvant aller jusqu'à 5 jours supplémentaires.
Privé, public, convention : le tableau tranche
Les familles que nous accompagnons posent toujours la même question : « combien de jours exactement ? ». La réponse dépend de trois variables — le lien de parenté, le statut professionnel et la convention collective applicable. Le tableau ci-dessous regroupe les cas les plus courants. Les organismes à prévenir après le décès peuvent exiger des justificatifs cohérents avec ces jours d'absence.
| Lien de parenté | Code du travail | Fonction publique | Convention BTP | Convention métallurgie |
|---|---|---|---|---|
| Conjoint / PACS | 3 jours | 3 jours + ASA | 5 jours | 3 jours |
| Enfant < 25 ans | 5 + 8 jours | 5 + 8 jours | 5 + 8 jours | 5 + 8 jours |
| Enfant ≥ 25 ans | 5 jours | 5 jours | 5 jours | 5 jours |
| Parent / beau-parent | 3 jours | 3 jours + ASA | 3 jours | 3 jours |
| Frère / sœur | 3 jours | 3 jours | 3 jours | 3 jours |
| Grand-parent | — | — | 1 jour | 1 jour |
L'employeur refuse — la loi tranche
Nous le disons sans détour : un employeur qui refuse un congé pour décès viole le Code du travail. L'article L3142-4 ne conditionne ce congé ni à l'ancienneté, ni à un accord préalable, ni à un délai de prévenance. Le salarié informe, il ne demande pas. Le seul document exigible est l'acte de décès — et encore, il peut être fourni après le retour si les délais de délivrance en mairie l'imposent.
Les refus que nous observons ne sont jamais frontaux. L'employeur dit « on préférerait que vous reveniez mercredi » ou « on ne peut pas se permettre votre absence ». Ces formulations sont des pressions déguisées. Notre recommandation : mail recommandé citant l'article L3142-1 et votre convention collective, avec la mention « je vous informe » — pas « je demande ».
Pour les familles qui pratiquent les rites funéraires islamiques, les 3 jours légaux entrent en tension directe avec les délais religieux. L'inhumation rapide — souvent souhaitée dans les 24 à 48 heures — tombe pendant le congé. Les démarches administratives, elles, s'étalent sur les semaines suivantes. Le fractionnement du congé de deuil (quand il s'applique) est la seule solution légale pour couvrir les deux temporalités sans poser un arrêt maladie de complaisance.
